Le Patriarche latin empêché de célébrer les Rameaux au Saint-Sépulcre

Accueil » PROCHE-ORIENT » Le Patriarche latin empêché de célébrer les Rameaux au Saint-Sépulcre
0 commentaire

Le dimanche 29 mars 2026, une ligne rouge a été franchie à Jérusalem. Pour la première fois depuis des siècles, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, Patriarche latin de Jérusalem, et le père Francesco Ielpo, Custode de Terre Sainte, ont été physiquement empêchés par la police israélienne d’accéder à la basilique du Saint-Sépulcre pour y célébrer la messe du dimanche des Rameaux.

Depuis le 28 février 2026, Israël est engagé dans un conflit armé direct contre l’Iran. Dans ce cadre, Jérusalem a été régulièrement ciblée par des missiles balistiques iraniens. Plusieurs impacts ont été signalés dans la Vieille Ville, y compris à proximité des lieux saints. Face à cette menace réelle et répétée, les autorités israéliennes ont imposé des restrictions de sécurité strictes sur l’ensemble de la Vieille Ville de Jérusalem.

Interceptés en chemin alors qu’ils se rendaient à titre strictement privé, sans cortège ni signe distinctif, les deux plus hautes autorités catholiques en Terre sainte ont été contraintes de rebrousser chemin. La messe d’ouverture de la Semaine sainte n’a pas pu être célébrée au cœur même du lieu où le Christ a été crucifié et ressuscité. Un fait inédit. Une humiliation sans précédent.

Dans un communiqué conjoint publié le jour même, le Patriarcat latin de Jérusalem et la Custodie de Terre Sainte ont qualifié cet acte de « grave précédent » et de « manque de considération envers la sensibilité de milliards de personnes à travers le monde qui, durant cette semaine, tournent leur regard vers Jérusalem ». Ils ont raison. C’est bien plus qu’un incident de sécurité : c’est une atteinte directe à la liberté de culte et à l’équilibre fragile qui régit les Lieux saints depuis des siècles.

Depuis l’époque ottomane, le statu quo de 1852 – confirmé par des accords internationaux – protège l’accès des communautés chrétiennes aux sanctuaires de Jérusalem, Bethléem et Nazareth. Ce régime, maintenu à travers empires, guerres et protectorats, a toujours garanti que les chefs des Églises puissent accomplir leur mission pastorale dans les lieux les plus sacrés du christianisme.

Le Saint-Sépulcre n’est pas un simple monument touristique. C’est le Golgotha et le Tombeau du Christ. C’est là que, depuis près de deux mille ans, les chrétiens du monde entier puisent la force de leur foi. Empêcher le Patriarche latin et le Custode – gardiens officiels de ces lieux – d’y célébrer la messe des Rameaux, c’est rompre une chaîne ininterrompue qui traverse les siècles. Même en période de tension extrême, jamais une telle interdiction n’avait frappé les responsables ecclésiaux eux-mêmes.

La procession traditionnelle du mont des Oliviers avait déjà été annulée pour des raisons de sécurité liées au contexte régional. Mais bloquer un accès privé, discret, à la messe elle-même, relève d’une autre logique : celle d’une restriction arbitraire et symbolique.

Pour les millions de fidèles qui suivent la Semaine sainte, cet événement n’est pas anodin. Il envoie un message clair et glaçant : même au berceau du christianisme, la liberté de culte des chrétiens n’est plus une priorité. Pour les chrétiens d’Orient, déjà éprouvés par des décennies de persécutions, d’exodes forcés et de marginalisation au Moyen-Orient, ce blocage est particulièrement cruel. Il leur dit que, même là où leur présence est millénaire, leur droit le plus élémentaire – prier dans leurs Lieux saints – peut leur être retiré du jour au lendemain.

Pour tous les chrétiens, catholiques, orthodoxes ou protestants, c’est une blessure au cœur de l’Église universelle. Jérusalem n’appartient pas à une seule confession ni à un seul État : elle est le patrimoine spirituel de l’humanité chrétienne tout entière. Ce qui s’est passé le 29 mars 2026 n’est pas une simple mesure administrative. C’est une atteinte à la dignité de milliards de croyants et à la mémoire vivante de la Passion du Christ.

Nous, qui œuvrons quotidiennement aux côtés des chrétiens d’Orient – en Syrie, au Liban et en Égypte –, nous dénonçons avec la plus grande fermeté cette décision. Elle n’est pas seulement regrettable : elle est inadmissible. Elle fragilise encore un peu plus une communauté chrétienne déjà exsangue et met en péril le fragile équilibre interreligieux que tant de générations ont tenté de préserver.

Nous saluons les réactions immédiates et fermes de plusieurs dirigeants européens et appelons tous les États qui se réclament des valeurs de liberté religieuse à faire pression pour que de tels précédents ne se reproduisent plus. Nous demandons également au gouvernement israélien de garantir, sans équivoque et de manière durable, le respect du statu quo et l’accès libre et digne des autorités chrétiennes à leurs sanctuaires.

À nos frères et sœurs de Terre sainte : vous n’êtes pas seuls. L’Église universelle est avec vous. Nous continuerons, comme toujours, à vous soutenir par la prière, par l’action humanitaire et par notre voix publique.

Catégorie:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

Syrie : des violence sectaire frappe les chrétiens de Al-Suqaylabiyya
La ville d’Al-Suqaylabiyya, située dans la province de Hama, et majoritairement habitée par des chrétiens
Patrice Martineau Patrice Martineau chante pour les chrétiens d’Orient
28 février – 20h30 – Église Sainte-Croix (Le Mans) Entrée libre.Une contribution volontaire sera proposée