Depuis plusieurs décennies, la communauté copte d’Égypte alerte sur un phénomène grave et profondément traumatisant : la disparition de jeunes filles et de jeunes femmes chrétiennes, suivie de leur conversion à l’islam et de leur mariage, souvent dans des conditions qui laissent peu de doute sur l’existence de pressions, de contraintes ou de violences. Loin d’être des cas isolés ou des rumeurs communautaires, ces situations s’inscrivent dans un problème structurel, documenté par des ONG spécialisées, et révélateur de défaillances majeures en matière de protection des droits humains.
Un historique marqué par l’impunité
Les premiers signalements de conversions et de mariages forcés de jeunes chrétiennes remontent aux années 1970 et 1980. À cette époque déjà, des familles coptes dénonçaient des enlèvements ou des disparitions suspectes, dans un contexte de montée de l’islam politique et de tensions confessionnelles accrues. Toutefois, c’est à partir des années 2000, et plus encore après la révolution de 2011, que le phénomène semble s’intensifier. Le bouleversement sécuritaire, l’affaiblissement de l’État et l’impunité qui en a découlé ont créé un terrain propice à ces abus. Entre 2011 et 2014, plusieurs organisations ont recensé des centaines de cas de jeunes filles chrétiennes disparues, souvent mineures, réapparues ensuite converties et mariées, sans que les familles n’obtiennent de véritables enquêtes ni de recours judiciaires effectifs.
Des mécanismes actuels de plus en plus insidieux
Aujourd’hui, les méthodes employées ont évolué. Si certains cas relèvent encore d’enlèvements violents, beaucoup passent désormais par des mécanismes plus insidieux. Des jeunes filles sont ciblées dans leur environnement scolaire, professionnel ou via les réseaux sociaux. Elles font l’objet d’un travail progressif d’isolement, de manipulation affective et de rupture avec leur famille. Une fois la jeune fille coupée de ses proches, la disparition est signalée, mais les autorités concluent souvent hâtivement à un départ volontaire. Peu de temps après, la jeune femme apparaît dans une vidéo ou un document officiel affirmant s’être convertie à l’islam de son plein gré et avoir consenti à un mariage. Dans la majorité des cas, ces déclarations sont produites sans qu’un avocat indépendant, un représentant familial ou une expertise psychologique ne soit autorisé.
En Égypte, Jeunesse du Levant agit en distribuant des fournitures scolaires, en soutenant la scolarité des plus défavorisés et en finançant des cours d’alphabétisation pour les jeunes adultes analphabètes.
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Les familles dénoncent régulièrement l’attitude des autorités locales, accusées de négligence, de passivité, voire de complicité. Les plaintes pour disparition sont parfois refusées ou rapidement classées. Les parents sont fréquemment soumis à des pressions pour retirer leur plainte, au nom de la « paix sociale » ou de mécanismes de réconciliation coutumière, pourtant contraires au droit égyptien. Une fois la conversion enregistrée, il devient pratiquement impossible pour la famille de contester la situation, même lorsque la victime est mineure ou que de graves incohérences apparaissent dans son témoignage.
Plusieurs cas récents illustrent la permanence de ce schéma. En 2025, des ONG ont signalé la disparition d’une jeune étudiante copte de 18 ans dans le gouvernorat d’Assiout, ciblée pendant des mois par un réseau structuré avant sa disparition. Malgré les démarches de sa famille, aucune enquête indépendante n’a été menée, et la jeune femme est réapparue déclarant une conversion et un mariage présentés comme volontaires. D’autres affaires, documentées ces dernières années, montrent des jeunes filles âgées de 14 à 17 ans déclarées converties et mariées, en violation manifeste des lois sur l’âge minimum du mariage et du consentement libre et éclairé.
Ces situations ne peuvent être comprises sans analyser les causes profondes qui les rendent possibles. La vulnérabilité socio-économique, la discrimination structurelle à l’encontre des coptes, le poids des pressions communautaires et l’exploitation de failles juridiques forment un ensemble cohérent. À cela s’ajoute l’absence quasi totale de sanctions contre les auteurs de ces actes, créant un climat d’impunité qui encourage la répétition des abus. Lorsque l’État ne garantit pas l’égalité de protection entre ses citoyens, ce sont toujours les minorités et les plus vulnérables qui en paient le prix.
La position de Jeunesse du Levant : une condamnation sans équivoque
Face à cette réalité, Jeunesse du Levant condamne fermement et sans ambiguïté les enlèvements, les disparitions forcées, les mariages contraints et les conversions obtenues par la violence, la menace ou la manipulation psychologique. La liberté de conscience et de religion est un droit fondamental, qui ne peut être vidé de son sens par des procédures administratives expéditives ou des vidéos enregistrées sous pression. Aucun État ne peut se prétendre protecteur de ses citoyens s’il ferme les yeux sur des violations aussi graves, surtout lorsqu’elles touchent des jeunes filles et des mineures.
Nous appelons les autorités égyptiennes à garantir des enquêtes indépendantes et impartiales dans chaque cas de disparition, à assurer un accès libre et sécurisé aux victimes, et à poursuivre systématiquement les auteurs et leurs complices. Nous appelons également la communauté internationale à ne plus détourner le regard, sous prétexte de sensibilité politique ou religieuse, face à un phénomène qui relève clairement des droits humains fondamentaux.
Briser le silence autour des enlèvements et des conversions forcées de jeunes filles coptes n’est ni un acte idéologique ni une attaque contre une religion. C’est une exigence de justice, de vérité et de protection des plus vulnérables. Tant que ces crimes resteront minimisés ou niés, ils continueront. Les nommer clairement est la première étape pour y mettre fin.
